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Casting et selftape : les conseils de Constance Demontoy aux élèves du Cours Florent
La directrice de casting Constance Demontoy (Gourou, Le venue de l’avenir, Dix pour cent) était l’invitée du Cours Florent.
Celles et ceux qui l’ont rencontrée savent qu’ils ont beaucoup de chance. D’abord parce que celle qui signe le casting de plus de 120 films pour le cinéma et de plus de 50 séries pour la télévision et les plateformes, est venue jouer franc jeu. « Je ne sais pas comment on devient directrice de casting » : Constance Demontoy n’est pas là pour expliquer l’inexplicable. Il y a, dans les métiers du cinéma, une part de mystère. Comment décroche-t-on un rôle ? Impossible, là encore, de dissiper entièrement le mystère. Il y a pourtant quelques règles d’or. En deux ateliers de six heures, Constance Demontoy a patiemment analysé l’exercice du casting.
Vous voulez faire plaisir à un·e comédien·ne ? Ou vous voulez plutôt lui faire peur ? C’est très simple, il n’y qu’un seul mot pour nommer ces deux émotions contradictoires : le casting. Objet du désir et occasion de désespoir, l’audition est la porte d’entrée sur le monde du travail et celle qui se referme sur le monde intérieur d’un acteur ou d’une actrice à qui l’on dit « non ».
« Armez-vous », philosophe Constance Demontoy. La salle de casting est « un laboratoire dans lequel nous explorons beaucoup, découvrons les possibilités et les limites d’un personnage, touchons du doigt ce que nous ne savions pas à la simple lecture du scénario. Tout cela vous échappe, en tant que comédiens ».
Le ton est donné : on ne peut pas tout maîtriser. Mais ne nous y trompons pas, une carrière dans le cinéma est avant tout une construction, et il y a un effet miroir entre la construction des compétences de la directrice de casting et celle de l’élève du Cours Florent, qui a lui aussi un parcours à construire. En déroulant le CV de Constance Demontoy, quelque chose saute aux yeux : bien sûr, elle a travaillé avec de grands noms. Mais ce n’est pas le plus saillant. Elle a surtout été rappelée. Compagnon de route de Cédric Klapisch, d’Emmanuel Mouret, présente sur la première saison de la série Dix Pour Cent (2015) jusqu’au film (2025), et ce ne sont là que quelques exemples de la solidité de ses attachements. Voilà pour la règle générale à retenir : la constance.
Un : Constance Demontoy a d’abord donné des conseils spécifiques concernant l’incontournable selftape, celle que l’on a tant de plaisir à faire et tant d’occasions de rater.
Pour entrer dans le vif du sujet, n’hésitez pas à faire exister le contrechamp. La réplique sera hors champ, ce n’est pas une raison pour l’annuler. Adressez-vous à celui ou celle qui vous répond. Réagissez à ses réactions.
Pour que cela soit plus concret encore et plus efficace en termes de résultat, prenez le temps. Ne cherchez pas à saturer l’espace scénique. Introduisez de la respiration, placez du rythme, ne vous limitez pas dans un jeu monocorde. Pendant les quelques minutes de la tape (cela vaut aussi pour l’audition), vous êtes responsable des variations d’intensité, de visages, d’expressions, et les tensions que vous allez pouvoir mettre en jeu ne dépendent que de vous. Surprenez, créez des attentes.
N’oubliez pas ce qui est peut-être l’essentiel de cet exercice finalement assez délicat : vous devez tracer un chemin qui part d’une émotion clairement repérable et qui se dirige vers une autre. Ne soyez pas un acteur ou une actrice dont on écrit sur une fiche « Sait jouer la colère ». Parvenez à la colère, partez de la colère, mais jouez autre chose aussi, offrez de vous-même une multitude de facettes. Ne l’oubliez pas, c’est ce qui fait votre valeur inestimable : vous êtes un comédien, une comédienne, donc vous êtes un monde. À vous de montrer que vous n’avez pas tout montré.
Deux : avant toute chose, lorsque vous passez un casting, faites le choix de la simplicité. Votre proposition pour le rôle doit être facilement identifiable, complètement lisible. Mais cela n’implique pas une simplification sèche. Le supplément d’âme vient de la sincérité de votre engagement. Faites simple mais faites vrai.
Trois : l’intention. Mais qu’est-ce que vous voulez au juste ? Gagner de l’argent ? Être reconnu dans la rue ? Faire plaisir à vos parents ? Ou jouer ? Simplement jouer, jouer totalement, passer de l’autre côté de ce miroir où le monde est plus réel que tout parce qu’il est joué d’un bout à l’autre. Ne l’oubliez pas, avant toute chose, vous êtes des acteurs, c’est-à-dire ces personnes humaines qui amènent avec elle un désir. Le paradoxe, pendant quelques minutes, de continuer d’être soi-même tout en étant quelqu’un d’autre.
Quatre : il s’agit de ne pas oublier les essentiels. On ne vous le pardonnerait pas.
D’abord, sachez arriver. Soignez votre entrée. Montrez que vous n’avez pas attendu la convocation pour être habité·e par le rôle. Faites en sorte que quelque chose vous précède. Transportez votre ambiance, implantez-vous dans la situation, existez plus largement. Tout cela est bien joli mais tout s’effondre si vous ne savez pas arriver à l’heure. La ponctualité, surtout dans notre métier, c’est le premier et le dernier mot de la politesse. N’oubliez pas que nous travaillons en équipe, dans des équipes, pour des équipes.
Par ailleurs, cela va sans dire, mais Constance a certainement raison de le rappeler : il n’y a que le texte. C’est la seule autorité. C’est lui que vous devez connaître et servir. Alors connaissez-le, connaissez-le par cœur.
Maintenant que c’est chose faite, parlons du personnage. Vous l’incarnez alors aidez la directrice de casting à y croire. Ne venez pas en jogging pour un rôle d’avocat. Parfois, un accessoire, même discret, peut faire la différence. Ne serait-ce qu’à vos propres yeux. N’hésitez pas non plus à demander quelle est la valeur de plan. Cela vous permettra de savoir comment vous pouvez bouger.
Ensuite, débrouillez-vous oui, d’accord, c’est difficile, il n’y a pas d’autre méthode que de vous débrouiller tout·e seul·e pour avoir confiance en vous. Vous vous présentez à une audition pour que l’on vous confie un rôle. C’est toujours une responsabilité. La règle de base, c’est que pour inspirer la confiance, il faut l’exprimer.
Maintenant, tout cela ne trouve son sens que si vous êtes capable d’une écoute active. Si des retours vous sont faits sur la première prise, tenez-en compte immédiatement pour les mettre en œuvre à la deuxième prise.
Reste alors à vous retirer. C’est une question de tact. À vous de savoir si vous devez quitter la scène en majesté ou en discrétion. Qui part ? Le personnage ou celui qui l’incarnait ? Une autre façon de dire que, s’il est important de savoir arriver, il est capital de savoir partir. L’essentiel, après tout, dans un casting, n’est-ce pas l’impression que vous allez laisser ?
Bien sûr, il est temps de conclure à vous de décider si cette conclusion va vous plaire ou non car elle passe par un avant-dernier conseil, qui peut laisser perplexe : il semble de plus en plus difficile d’échapper aux réseaux sociaux. Autant nommer le démon par son nom : Instagram. Les plateformes s’intéressent au nombre de vos followers. C’est navrant, euphorisant, grisant… à vous de choisir. En tout cas, vous voilà avertis.
Au moment de nous séparer, nous tentons, irrévérencieux, un « Merci, Constance, on vous rappellera ». Éclat de rire franchement sympathique. Dernière leçon : la constance mais sans l’esprit de sérieux.
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Propos recueillis par Géraldine Cirot.